Grincement
Un caprice du destin bien étrange.
Assis sur un matelas bien rebondi dans l’ancienne chambre de Rodrik, l’étranger s’offre un étrange réconfort à travers la couette sur ses épaules. Un patchwork rapiécé qui lui rappelle son poncho. Poncho qui lui manque cruellement.
Emil n’a finalement pas eu le courage de gravir les escaliers en direction du grenier; seulement celui d’accepter les draps exhumés par Kenna. Lors de leur réception, Etrika lui a souhaité une bonne nuit, sans termes superflus. La dernière conversation s’élance encore en ellui comme une blessure fraîche. Cela semble être aussi le cas d’Etrika, bien qu’Emil lutte encore pour en comprendre la raison.
Lui procurer un toit pour la nuit est un acte de charité simple pour elle. Et malgré toutes les manquement au protocole dont iel a fait preuve, cette famille continue de l’aider. C’est un soulagement, mais la réponse à sa curiosité le tracasse.
Il n’y pourtant aucun mal à changer de fruit. Pourquoi s’est-elle emportée de la sorte?
Iel se retourne pour fixer la boîte isolante de Kenna, seule perturbation de la poussière sur le bureau. Tout a été trop ce soir. Trop de règles de courtoisie, trop de salutations, trop de politesses de façade. Trop d’infractions à des codes incompréhensibles.
Mais quelque chose en ellui lui rappelle doucement qu’une fois l’énergie dépensée, il ne sert à rien de ressasser. On ne peut que se reposer.
Si le repos veut bien venir.
Lentement, vertèbre par vertèbre, Emil s’allonge sur le dos. Un tremblement parcourt ses membres en quête d’espace confortable, tandis que son œil fixé sur la porte de la chambre monte la garde.
Ce soir, l’inconfort d’Emil, même sans être suffocant, est profond. Iel n’est familier qu’avec une partie de celui-ci; celle qu’iel repousse régulièrement au fond de sa personne, qui flotte à la surface quand tout est silencieux.
La tempête au-delà de la fenêtre est un son qu’iel connaît bien, et c’est finalement ce qui permet à son esprit de faire le vide. Emil a déjà dormi des lits auparavant, attendant la fin de maints orages, mais l’état de celui-ci est une nouveauté. Il l’empêchera de bien dormir, mais pas de dormir tout court.
La tempête est passagère. Le contrejour est passager. La douleur est passagère. Demain est en route. Patience.
En accord avec ses pensées, la lumière quitte doucement la chambre, presque jusqu’à sa perte.
Soudainement, un fracas. Scintillant. Proche.
L’instant suivant, Emil est debout. Le souffle court, tremblant. Un état trop familier. Iel roule hors des couvertures, se saisissant du couteau sous son oreiller avant de s’abriter derrière le lit. Tentant d’ignorer l’ombre que projette sa forme sur les murs.
Pas d’hostile à première vue. Pas de vermine. Iel regarde sous le lit, à tout hasard, puis inspecte la chambre. Des miettes brillantes sur le rebord de la fenêtre attirent son regard. Iel comprend l’origine du son.
Un coin de la vitre est brisé, des fêlures arachnéennes s’étendant depuis le point d’impact. Si la chambre n’était pas 3 ou 4 mètres au-dessus du sol, Emil dirait qu’on l’a frappé.
Au-delà: les ténèbres, des arbres dansants, des nuages menaçants. À travers un trou grand comme sa paume, iel ressent l’extérieur envahir l’intérieur. Le vent siffle sans discontinuer. Le temps dehors s’impose, veut être vu, ressenti.
Le coeur au bord des lèvres et le corps tendu tout entier, Emil veut fuir. Fuir cette maison, fuir un danger beaucoup trop proche. Réveiller les autres, emporter les possessions importantes, et franchir le seuil de la porte aussi vite-
Iel s’arrête.
Un soupir de fatigue, moitié grognement. Ce n’est pas un tourment. Pas du tout.
Soit raisonnable.
Les mains d’Emil se détendent, et sa respiration se stabilise. Iel s’approche de la fenêtre, et ferme les rideaux; la brise se tait, même si un certain froid traîne toujours dans la pièce. Son couteau retourne sous l’oreiller, et son corps sous les draps.
Iel est habitué à dormir à l’extérieur, et pourtant, la notion du dedans attaqué par le dehors ne peut que lui donner des sueurs froides.
Iel songe à changer de pièce, puis abandonne l’idée. Il est probable qu’aucune autre dans la maison n’offre le confort de celle-ci, et les draps sont déjà chauds. Iel n’a qu’à les serrer un peu plus autour de lui.
Une pensée qui le réconforterait si elle n’impliquait pas tellement son sens du toucher. Haut-le-coeur réflexe.
Au-dessus d’Emil, un heurt. Le plafond crache une poignée de poussière. Iel se retient de tousser. Ses yeux clignent confusément.
Un grincement.
L’écho d’une latte de parquet. Qui est réveillé, en ce moment-même? Qui est là-haut? L’adrénaline ne laissera pas Emil en paix pendant de très, très longues minutes. Iel doit savoir ce qui se passe.
Iel se lève à nouveau. Le trou à la fenêtre pleure toujours alors qu’iel serra à nouveau la manche de son couteau, enfile son vieux poncho, et quitte le silence relatif de la chambre.
Un regard bref dans le couloir révèle des ténèbres profonds, muets. La maison Walbravir est… c’est étrange pour Emil de réaliser que c’est la première maison dont iel connaît réellement les occupants.
La routine lui revient. Emil traverse le couloir avec la discrétion d’un fantôme, ses pas légers et rapides et la prise sur son arme assurée. Ses yeux se réhabituent aux ombres. Chaque souffle est calculé; un choix entre écouter et être entendu.
Ce n’est que maintenant qu’iel réalise qu’iel a emporté son arme sans réfléchir. Mais cela n’en fait pas un choix insensé. Bien sûr qu’iel doit se protéger; si ce bruit provient d’un animal dangereux, ou d’un voleur… oui, un voleur ayant grimpé aux arbres dehors avant d’entrer, et s’affairer en vitesse à cause du bruit.
Emil ne peut pas vraiment en vouloir à un tel personnage. Cet endroit serait une cible de choix pour tout charognard de sa terre natale. Mais ce soir, c’est son territoire. Iel peut prouver à Etrika et à sa famille qu’ils sont en sécurité. Et peut-être à ellui-même.
Un couinement étouffé s’échappe des escaliers sous son poids. Ne pas s’appuyer trop sur un seul pied, et tourner régulièrement la tête (pour compenser la vision monoculaire), même si cela reste difficile. Emil serre son poncho davantage, espérant obscurcir sa position autant que possible.
Tandis qu’iel monte, le toit pointu du grenier entre dans son champ de vision, et vole l’air dans ses poumons. C’est bien là qu’iel va. Des caisses, des boîtes partout. L’odeur de la poussière et de l’herbe fraîchement coupée. À la jonction de l’escalier et de la pièce, iel cesse tout mouvement, et tend l’oreille.
De nouveaux grincements. Un souffle de surprise, quasi-muet. Des cliquetis; métal contre métal. Des bottes? Un collier? Quoi que ce soit, ça ne semble pas très discret, après coup. L’image d’un animal vient occuper plus d’espace dans l’esprit d’Emil.
Iel baisse le regard pour se préparer, et réalise qu’iel tremble. Cela fait longtemps qu’iel n’a pas… fait cela.
Emil jette un regard à travers la rambarde de l’escalier, vers la chambre d’Etrika. L’instinct lui vient d’aller cogner, insister, implorer l’aide des yeux et des oreilles de quelqu’un d’autre. En tant que charognard, iel se débrouille principalement seul; mais son expérience plus récente l’a habitué au travail d’équipe, à couvrir les arrières les uns des autres.
Repenser à ses amis accélère sa décision. Redescendre et chercher Etrika, c’est donner une chance à l’intrus de s’échapper.
Tu peux le faire, Emil, lui murmure la mémoire d’un ami cher.
La réponse lui revient. Oui. Je dois le faire.
Ses pieds avancent d’eux-mêmes.
Une lumière s’élance depuis le mur au fond du grenier. La lumière du petit matin, à travers une fenêtre. Les paupières d’Emil se plissent. Iel perçoit une forme à travers la lumière.
Un jeune uumain, tournant le dos aux escaliers. Sa posture est droite, mais perturbée; on y lit l’émotion, ou la peur. Ses bras tendus s’accrochent au rebord. Comme Emil, il porte un poncho.
À ses pieds repose une boîte ouverte, remplie d’étranges objets, et une broche sertie d’une émeraude. La pierre brille au-delà de la lumière du ciel, jetant des rayons verts inégaux, mystiques dans toute la pièce.
Un son à l’étage du dessous. Une voix, qui parle une langue inconnue d’Emil. Un frisson de surprise les parcourt, ellui et la figure à la fenêtre.
Le ciel derrière celle-ci est vaporeux, teint par des rideaux, mais sa teinte bleue est aussi reconnaissable qu’étrangère aux yeux d’Emil. Une vision indistincte, onirique, qui les enveloppe tous les deux.
Alors que la figure se retourne, Emil se rend compte trop tard qu’iel est totalement à découvert. Un regard à la boîte par terre lui donne l’impression distincte que son contenu est chéri, entretenu. Un carnet. Un traducteur. Un anneau.
Le visage de la figure trahit une compréhension soudaine.
La pièce semble s’allonger démesurément. Emil plonge lourdement en avant, assénant un vilain revers de lame. Son poncho s’envole dans son geste, mais iel l’ignore. Ce qui compte, c’est arrêter cet intrus. Arrêter-
La figure saute en arrière, et Emil trébuche. Sa masse est inégalement répartie, et ses pas trop hâtifs. La lumière dans le grenier lui semble prendre feu, alors que la figure prend l’avantage avec un croc-en-jambe.
Le corps d’Emil frappe durement le bois au sol, menton d’abord. Son crâne résonne.
Mais sa réponse ne se fait pas attendre: un coup porté par ses deux jambes, vers le haut, atteint la figure en pleine poitrine et l’envoie valser contre des caisses aux étiquettes datées. Elle a assumé que son assaillant serait maladroit, et ne s’est pas trompée: mais Emil n’en est pas pour autant un moins bon combattant. Des années d’expérience, qui manquent à l’intrus, le propulsent à nouveau debout après sa frappe improvisée.
L’atmosphère devient oppressante, alors que les coeurs des opposants battent à l’unison. Emil veut presque crier, demander à simplement parler; mais avant qu’iel puisse prononcer une syllabe, la figure se relève dans un cri furieux. Le cri d’un survivant.
Emil se jette à nouveau en direction de l’intrus. Il faut l’assommer, et l’amener aux atri- aux autorités. Iel ne pourra pas raisonner avec lui, pas maintenant. Il s’apprêtait à voler ce qui appartient aux gens dans cette maison. Il allait commettre une erreur terrible.
Dans sa hâte, Emil ne voit pas l’intrus dégainer une lame.
Un éclair argenté à la queue noire. Emil gémit de douleur, alors qu’un de ses flancs se met à déverser un sang sombre. Pourquoi une telle trahison, à un tel moment? La perception de sa propre chair n’en est que plus douloureuse.
Emil lève son propre couteau, immédiatement paré par son frère jumeau. Puis une surface tranchante vient rencontre sa trachée.
Une douleur si profonde qu’iel la sent à peine, alors que sa carotide s’ouvre dans une gerbe de sang magnifique, semblable aux racines d’une plante liquide. Par cette plante, la force d’Emil est bue, et sa vie devient entière. Achevée. L’image se grave dans son esprit.
La pièce perd à nouveau en luminosité, par intermittence. des pas dans l’escalier. Emil a peur. Emil a peur et aucune réponse ne lui vient. Iel a échoué. Iel est tombé, le coeur gorgé de colère. Iel s’efface.
Alors qu’un cri étranglé quitte leurs deux bouches, une forme derrière eux subit une torsion terrible, et se rend brusquement au néant.
Et avec un certain soulagement, d’un coup, tout est fini.
Des gémissements douloureux traversent le couloir. Etrika ouvre les yeux. Le ciel est encore sombre, mais les sons suffisent à interrompre le peu de sommeil que cette nuit a à lui offrir.
Trop d’images hautes en couleur dans son esprit. La journée a été longue, et la nuit plus longue encore. Avant de se mettre au lit, elle a tué quelques heures sur ses équations, mais ses pensées éparpillées n’ont pas pu piloter son stylo. Pas de nouvelles runes, de nouveaux opérateurs, de nouveaux résultats. Pas même un essai raturé.
Elle aussi, elle a changé son fruit?
Il… iel l’a dit comme si de rien n’était. Comme si ça ne définissait pas son rapport au monde entier. Comme si c’était aussi facile que d’activer un interrupteur. Personne ne change si vite. Rien, même. Rien de normal.
Comment appelle-t-on un changement brutal, imprévu, lourd de conséquences? Un désastre.
Je ne voudrais pas que tu causes un désastre.
…Un train de pensée douloureux que celui-là. Elle doit s’en éloigner avant qu’il la porte dans des contrées trop sombres.
Etrika. Rieli. Elles ne sont peut-être pas normales, mais il y a de la fraternité dans l’anormalité. Elles ont le droit d’être ce qu’elles sont.
Un autre gémissement lui rappelle ce qui l’a arrachée à son semblant de repos. Peut-être Emil lutte-iel ellui aussi à le trouver. Peut-être est-ce une chance pour elle de lui demander pardon.
Le vent, son allié de toujours, siffle avec douceur au-delà de sa fenêtre alors qu’elle pose les pieds au sol. Tout à l’heure, il hurlait; maintenant, le silence lui inspire… une certaine inquiétude?
Respirant un grand coup, elle tapote le petit automate-réveil sur sa table de nuit. Un merveilleux colifichet acheté dans la boutique de souvenirs d’un musée il y a des années, prenant la forme d’un poussin dans un œuf. Sa tête s’affiche, coiffée d’un morceau de coquille, et pépie avant de prononcer:
> IL EST [TROIS] [HEURES] [QUARANTE] [COUAC]! WAOU! L’AVENIR APPARTIENT A CEUX QUI SE LÈVENT TÔT! PIOU!
Si tu le dis, grommelle Etrika, exaspérée par la différence d’énergie entre elle et le replika.
> MAMAN DIT: NE PAS SE RÉVEILLER AVANT LE CIEL! POUR QUE LES DIEUX PUISSENT TE SOURIRE, ILS DOIVENT POUVOIR TE VOIR! PIOU PIOU!
Elle se retient de rire jaune alors que le volatile bat en retraite dans son œuf. Première fois qu’il lui sort ce dicton-là.
Elle se saisit de la lanterne de lecture posée à portée de son lit et l’allume, produisant une lumière verdâtre tamisée tout juste suffisante pour voir devant elle. Et elle l’espère, suffisante pour ne pas donner à un invité nerveux la première impression d’un intrus.
L’objet en main, elle pénètre dans le couloir. L’agitation provient bien de la direction d’Emil, comme elle l’a craint et espéré à la fois.
Un regard bref aux alentours. Elle est la seule debout. Tant mieux. Elle préfère discuter avec Emil en privé.
Emil? chuchote-t-elle aussi fort qu’elle peut. Tout va bien?
Un grognement déchirant émerge de la chambre. Iel hyperventile. Etrika toque à la porte, se rendant rapidement compte qu’elle n’est pas tout à fait fermée.
Emil…?
La porte grince quand elle l’ouvre. Le loquet a toujours été branlant, et le départ de Rodrik a achevé la motivation de ses parents à le faire réparer. Etrika se sent plus invitée par la pièce que son occupant. Une entrée incroyablement malpolie, mais… bon. Tant qu’elle ne le réveille pas, c’est un crime sans victime.
Juste un coup d’oeil.
Elle coule un regard dans la pièce. Le vert émeraude de la lanterne se noie dans le bleu-gris du ciel, l’orange chaleureux des lampadaires. Dans un coin baigné d’obscurité grise, elle aperçoit Emil. Ses cheveux blancs tombent sur le côté gauche de son visage crispé, et s’agitent dans son souffle court. Un cauchemar.
Ses mains s’agrippent fermement à la couche inférieure des draps; celle du dessus est complètement défaite. Un bras sous l’oreiller. Un autre échoué au-delà du périmètre des couvertures, ses doigts trempant dans les rayons de la nuit. Ses doigts s’agitent, se raccrochent à-
Ses paupières clignent brusquement tandis que son cerveau relie les points.
Que… deux bras droits?
Elle se penche en avant, plissant les yeux. Non. Le compte est bien bon. Bien visibles, rattachés à deux épaules l’une au-dessus de l’autre. Deux bras droits.
La silhouette d’Emil sous les draps reste indistincte, mais elle aperçoit d’autres mains. Une, deux… trois de trop, au total. Cinq bras. Au moins deux de chaque côté, dont trois droits confirmés. Malgré leur nombre anormal pour un uumain, leurs proportions et les mains à leurs extrémités sont tout à fait normales. L’une porte même un anneau, étincelant dans la clarté nocturne.
Un spasme traverse la forme d’Emil dans le lit, comme les ébats d’un gigantesque insecte.
Etrika comprend un peu tard qu’elle n’est pas censée voir ça. Emil lui a toujours soigneusement dissimulé son torse.
Elle ferme les yeux, comme si cela allait effacer son voyeurisme, mais ceux-ci se rouvrent comme de leur propre volonté. Son corps reste immobile. Elle détourne le regard, le basculant vers son visage.
Son visage. Dépourvu de son cache-oeil, elle s’attendait à une cicatrice terrible, un creux raccommodé de peau, ou même juste une paupière fermée. Mais elle voit encore double. Deux yeux droits l’un au-dessus de l’autre, fermés, là où il ne devrait y en avoir qu’un.
Un tératraumatisé, réalise-t-elle. De guerre.
Sa vision périphérique remarque que les lumières de la nuit rebondissent sur quelque chose de brillant, au pied de la table de chevet.
Les débris d’un verre d’eau, qu’Emil a sans doute renversé involontairement, jonchent le sol. Le verre, épais, a dû se briser dans un méchant vacarme.
Etrika secoue la tête. Désormais pleinement consciente des difficultés qu’Emil a dû traverser, elle préfère s’assurer que son sommeil ne soit pas davantage gâché par une blessure au pied quand iel se lèvera.
Elle s’agenouille pour analyser la scène, estimant la distance entre les morceaux de verre aiguisés et la poubelle de bureau proche du pas la porte où elle se tient.
Elle inspire et expire deux coups brefs avant de faire le geste; deux doigts levés, joints puis séparés, dans une rotation souple de l’avant-bras. L’air tranquille dans la maison se tortille sous l’impulsion de son sort, acheminant les débris scintillants dans la poubelle dans un mouvement gracieux sans qu’elle ait à faire grincer le parquet. Les fourmis habituelles se répandent dans sa main, qu’elle secoue une paire de fois pour les disperser.
Elle se pince les lèvres, choisissant de se contenter de son bon geste de mage. Elle ferme la porte avec une précaution infinie et une mine sombre, peinant à imaginer le genre de visions pouvant hanter un tel vétéran (un vétéran de son âge, par-dessus le marché). À croire que derrière chaque réponse se cachent trois nouvelles questions.
Elle retourne prestement vers sa chambre, définitivement convaincue par son corps que ses ruminations peuvent attendre jusqu’au lendemain.
Chez les Walbravir, c’est toujours Kenna le premier levé.
Lui n’a pas besoin d’un réveil-jouet pour ouvrir les yeux à l’heure; la lumière du petit matin n’échoue jamais à le faire sortir du lit vers 7 heures. Repoussant les draps d’un coup de jambe, il s’étire dans un bâillement sonore, avant de lire l’heure sur l’horloge accrochée au mur en face. 6h47.
Sa routine matinale attendra un moment. Mieux vaut s’assurer qu’Emil n’a pas… enfin, que la boîte soit entre ses mains à lui plutôt que d’un autre.
Dans une série de gestes automatiques, il tire les pans de sa chemise de nuit, remonte le pantalon assorti, enfile une paire de chaussons, et enfin donne un coup de chiffon à ses lunettes avant de les enfiler.
Le couloir, quand il y fait les premiers pas de la journée, est désert, seulement habité d’une poussière dansante, diaphane. Au-delà des fenêtres, un temps magnifique; il ne reste absolument aucune trace de la tempête de cette nuit.
Il toque à la porte de l’invité des Walbravir.
Emil?
Pas de réponse. Il toque à nouveau, plus fort, et entend alors un remue-ménage nerveux derrière la boiserie, ponctué d’une interjection dans une langue inconnue.
C’est moi, Kenna! s’annonce-t-il poliment. Bien dormi? Je peux entrer?
N-non! lui répond une voix faible, fatiguée. Euh- je veux dire- je dois habiller.
Oh. Pas de problème.
Après une minute ou deux, un Emil aux cernes prononcées ouvre la porte dans un geste méfiant. Iel est déjà tout habillé? Kenna a du mal à concevoir plus efficace que lui le matin.
Tu peux venir. Pardon, bredouille Emil avant de resserrer la lanière de son cache-oeil.
Emil, dans un mouvement bizarrement hésitant, se dirige vers la fenêtre et en ouvre les volets. Sitôt, la chambre boit les rayons et la fraîcheur de l’été; dehors, on entend un autre volet ou deux s’ouvrir, parmi les maisons en face. Des parents accompagner leurs enfants à l’école. Les bruits de la ville, en sourdine dans le lointain, fleuve et centrales hydrauliques confondues dans un doux bruit blanc.
Désolé de te soustraire au sommeil de la sorte, s’excuse Kenna en franchissant le seuil. Je préfère reprendre ceci tout de suite.
Emil, le voyant se diriger vers la boîte isolante, désarme ses soupçons d’avance.
J’ai pas ouvert, je promets.
Bien.
Le conteneur sécurisé sous le bras, Kenna jette un œil à la fenêtre.
Belle journée. N’oublie pas de me faire parvenir ta nouvelle adresse, que je te remette… tes fonds.
Fonds? Oh.
Emil extirpe le traducteur de son sac en vitesse; et après la répétition habituelle, les mots de Kenna s’éclairent.
Etrika a dit je vais dormir à l’uni… versité.
Ton numéro de dortoir, alors, précise-t-il en souriant.
Alors qu’il rebrousse chemin vers sa chambre, il remarque la corbeille de bureau.
Tu ne t’es pas blessé, j’espère?
Uh?
L’étranger n’a pas l’air tout à fait réveillé.
Le verre cassé. Tu ne t’es pas coupé? On a un placard à balais; tu aurais pu te lever et en demander un, ça n’aurait gêné personne.
Emil se tourne vers la table de nuit, puis la corbeille près de Kenna. Sa réponse traîne.
Je… j’ai voulu pas déranger.
Pauvre bougre, songe Kenna en lisant sa mine soucieuse. La querelle d’hier a dû l’en dissuader.
Ce n’est pas grave. Vas donc à la cuisine, je t’y rejoindrai vite.
Il referme lentement la porte.
> IL EST [SEPT] [HEURES]! WAOU! LES OISEAUX CHANTENT, ET JE CHANTE AUSSI! PI-
Etrika claque le bec du replika d’un coup de paume.
…Allez, ma grande.
En temps normal, sa routine au lever est bien plus courte que celle de Kenna. Ni chaussons, ni réajustement de ses vêtements, ni nettoyage des verres. Mais aujourd’hui, elle a un petit quelque chose en plus à faire.
D’un pas lourd, elle avance vers son bureau sur des jambes en coton. Elle ouvre la fenêtre au-dessus, puis fouille un tas de feuilles à carreaux d’une main tandis que l’autre couvre ses yeux, momentanément aveuglés par la clarté du jour.
Ah, voilà. Sa feuille raturée de la veille; celle qu’elle couvrait d’encre au moment où Emil l’a saluée. Une chance qu’elle ne l’ait pas jetée après l’avoir recopiée au propre. Elle la plie lentement, maladroitement en deux, en quatre, en huit.
Papier en main, elle quitte immédiatement la chambre et descends les escaliers; direction la salle à manger.
Les pieds alternant entre le tapis et le parquet, elle ouvre les fenêtres (Hm. Pas moche comme temps.) dans une habitude mécanique qui n’exige pas d’elle d’être pleinement réveillée. Elle jette un œil à la grande plante verte dans un coin de la pièce; pas besoin de l’arroser aujourd’hui. L’horloge… ouais, c’est bon, elle est remontée. Quoi d’autre encore? Rien, on dirait.
Enfin sûre qu’aucune corvée ne viendra perturber ses pensées, elle se tourne vers une commode ornée située en face des photos de famille, entre deux fenêtres.
Sur la commode, le petit autel familial en bronze.
Nichée dans son socle aux gravures géométriques monté sur quatre pattes atrophiées, le bol à offrandes en grès diffuse encore l’odeur des encens qu’elle a brûlé hier matin à l’attention du Porte-Bannière, pour qu’Il la bénisse de l’énergie nécessaire à ses études.
Hier était énergique, pour sûr.
Bien que l’anxiété la ronge, elle va devoir demander pardon à Emil. Elle tourne donc son esprit vers l’Observateur.
Plaçant la feuille aux formules raturées dans le bol, elle se saisit d’un petit briquet, lui aussi plaqué de bronze, logé dans un compartiment de l’autel. Elle met le feu au papier.
Une fumée s’élève doucement, mais pas plus de dix centimètres, avant de bleuir et tourbillonner avec une lenteur envoûtante autour du papier. Celui-ci se consume toujours; mais les cendres, la poussière chaude qui en émane reste comme enfermée dans la circonférence du bol. En attente.
Etrika joint les doigts en triangle, pointé vers le bas, et ferme les yeux.
Observateur, accorde-moi Ta patience, et garde-moi de ce qui nous divise, moi et cellui que j’ai invité ici. Que nos erreurs nous grandissent sans nous peser. Qu’ellui et moi…
Tout en cherchant ses prochains mots, elle tourne le triangle vers le haut.
…Qu’ellui et moi trouvons entente dans nos soucis communs, et à travers Toi.
Pas très inspiré, mais suffisant; le tourbillon de fumée, toujours confiné au bol, accélère en silence en se resserrant sur le papier tel un serpent. Sa transformation en cendres se précipite, la fumée se condense; et enfin, dans un petit souffle presque inaudible, la fumée s’évanouit, laissant place à une petite flamme sans source, d’un cyan plus pur que le feu du plus pur des gaz, flottant au-dessus du bol maintenant un peu plus rempli de restes calcinés.
Derrière la flamme, soudé au socle par sa pointe inférieure, l’octogramme des Vertus renvoie son éclat, avant qu’elle disparaisse dans une traînée d’étincelles éphémères, à l’odeur aliène, piquante, mais chaleureuse.
Message reçu.
Etrika?
Elle sursaute, se tournant vers la cuisine.
Emil la fixe, le regard chargé de crainte. Iel a tout entendu, c’est sûr.
Je.
Sa respiration se bloque à nouveau. Non, non, non. Pas encore une attaque de-
Etrika? Le sablier, lui rappelle-t-iel, l’inquiétude perçant à travers l’appréhension.
Oui. Le sablier. Le… comment déjà? Le vider. Doucement. Expirer à fond. Jusqu’à le vider. Une minute. Deux minutes. Juste deux minutes.
L’effet apaisant lui semble plus difficile à trouver qu’hier, quand iel gardait une main sur son épaule. Elle ne sait pas si le geste l’aurait aidée à nouveau.
Je… désolée. Je priais.
Tu as une maladie kayal?
Sa tête, jusque là baissée, se relève vers ellui.
Non c’est seulement- hein? Comment ça, “kayal”? Passe-moi le traducteur, s’il te plaît.
Emil s’approche et s’exécute sans un mot. La voix nasillarde du replika lui offre la réponse qu’elle jugeait la plus probable.
[Δ>Θ]{ TÉRATRAUMA. }
Elle soupire.
Ce n’est pas… une maladie. “Kayal” peut-être, oui, sans doute un peu. Mais plein de gens l’ont. Ça arrive.
Une pause embarrassante.
Je préfère changer de sujet, je… t’as rien mangé encore?
Non. Kenna a dit je dois l’attendre.
Tant mieux. Un petit plaisir à dérober à son frère, et qui l’aidera à se concentrer, à aborder le sujet.
Tu peux te rasseoir, je vais faire à manger.
Iel obtempère. Elle titube jusqu’au réfrigérateur, encore quelque peu secouée. Emil va finir par lui infliger un arrêt cardiaque, à ce rythme-là.
Elle ouvre la porte en acier du meuble, qui lui déverse un air gelé, bienvenu, au visage.
Ça t’ira, des œufs et de la confiture?
Du coin de l’oeil, au-delà du verre de ses lunettes, la silhouette floue d’Emil s’incline pour acquiescer. Plongeant une main dans le réfrigérateur, elle retire un compartiment troué abritant une demi-douzaine d’oeufs, et un petit pot de verre à moitié plein d’une substance sombre, violacée, brillante de sucre.
Emil l’observe attentivement, impassible mais enregistrant chaque détail. Iel ne s’étonne pas trop d’un garde-manger perpétuellement frais; encore un de ces replikae auxquels les gens d’ici doivent être habitués. Le dos d’Etrika, où se bousculent ses cheveux dénoués, lui masque totalement ses émotions alors qu’elle prépare une poignée de tartines et dépose quatre œufs sur le comptoir de la cuisine, roulant de travers quelques secondes avant de s’immobiliser.
Cela est pas une honte, être kayal.
L’affirmation d’Emil la prend au dépourvu. Elle se retourne, écartant d’une main une mèche de cheveux pour afficher une expression morose.
Je t’ai dit que je voulais changer de sujet.
Iel baisse le regard.
Désolé.
Iel a encore dit quelque chose de mal. Tout le monde comprend tout mal ici. Tout le fatigue. Iel-
Etrika pousse l’assiette vers ellui, juste devant ses yeux.
C’est rien. Fais-toi plaisir. J’ai moins faim que toi.
Elle le voit relever le visage, et y lit une légère incrédulité. Iel resserre son poncho d’une main, en tend une autre vers l’assiette.
Merci.
Elle se détourne d’ellui pour ouvrir un placard, et en sortir une poêle à frire. Une flamme éthérée jaillit d’un brûloir alors qu’elle tourne une petite valve près des plaques de cuisson. Retour au réfrigérateur et bientôt, le beurre fond sur le métal. Etrika a quelques minutes devant elle.
En fait…
Hm?
Regarde-le dans les yeux.
Emil mâche lentement, en attente. Neutre.
En fait, je voulais m’ex- te demander pardon pour hier. Pour cette histoire de fruit. J’imagine que vous avez des idées différentes de certaines choses, là d’où tu viens. Je n’aurais pas dû crier comme ça.
Iel hoche la tête lentement, confirmant qu’iel comprend bien.
C’est plus difficile de parler de ça ici. Enfin, à Presquile en tout cas. Les gens se sentent à l’aise avec juste deux options toutes faites, ou deux “fruits” si tu préfères. Ce n’est pas simple d’être autre chose.
Emil penche la tête et balade son regard dans la pièce, en pleine réflexion.
C’est facile pour Rieli car son fruit est un parmi les deux.
Bingo.
Pas pour moi.
Ses yeux se détachent d’ellui.
…Non, murmure-t-elle.
Le beurre.
Oh, bordel de-
Elle a failli le laisser brûler; elle remue la poêle en vitesse, casse les œufs et les laisse se colorer dans l’ustensile.
Désolée, poursuit-elle les mains pleines. Mes parents peuvent être des crétins, et j’ai pas été meilleure qu’eux, hier soir. Pardon.
Je comprends. Tu priais pour cela.
Sa réponse est brusque, mais pas dédaigneuse.
Je pardonne.
Merci.
Elle remue la poêle. Bien; les œufs se détachent du fond sans heurts, sans laisser de traces brûlées derrière eux. Elle les dépose dans une autre assiette et les couvre des épices habituelles (sel, poivre, cumin, herbes Lornades), avant de tailler le résultat en quatre quarts de cercle, chacun garni d’un jaune moelleux.
Oh, et le feu; ne pas oublier de le couper. Elle l’éteint d’un tour de valve inverse.
Et bien, bon appétit! s’exclame-t-elle en leur servant plat et couverts avant de s’asseoir à côté d’ellui.
Emil hume les vapeurs du petit-déjeuner, avant d’imiter Etrika et placer un œuf sur un morceau de pain avant de mordre dedans. Toutes ces épices. Iel ne cessera jamais de s’en étonner.
C’est très bon.
J’espère bien, réplique Etrika avec un sourire narquois.
L’étranger ne perd pas son temps. Sa moitié des œufs est engloutie si vite qu’elle se demande s’iel a le temps d’en sentir le goût. Les tartines avaient déjà disparues dans son ventre avant qu’elle s’assoie.
Emil s’apprête à s’essuyer la bouche crûment, d’un revers de main, mais Etrika l’arrête à temps.
Hé! Va pas salir tes fringues neuves!
Emil se tend de surprise, avant de suivre le pouce d’Etrika, pointé vers l’évier.
Valve gauche, précise-t-elle. Savon et serviette juste à côté.
Iel recule plus qu’iel n’avance vers le comptoir. Tournant le petit volant de tuyauterie bleu avec précaution, un mince filet d’eau se met à couler d’un grand robinet courbé.
Emil frotte ses mains sous l’eau froide. Les savonne de parfums fruités, indescriptibles. Puis les essuie avec soin sur un torchon à carreaux pendu à un crochet.
Elles sont bien toutes lavées? lui lance-t-elle distraitement.
Oui, je-
Hein?
“Toutes”?
Le temps se fige pour Etrika et Emil pendant quelques secondes; ils se retournent l’un vers l’autre de concert, contemplant la terreur dans leurs regards respectifs.
Tu as vu?!
Non! J’ai rien- j’ai pas fait exprès!
Leurs voix s’élèvent.
Tu as vraiment vu!
Je voulais pas!
Tu dois dire rien.
J’ai jamais prévu de dire quoi que ce soit!
Tu as vu quoi exactement?
Juste tes bras et tes yeux! Arrête de crier!
Toi aussi! J’ai…
La voix d’Emil se meurt sur une note désarticulée, son unique pupille réduite à une tête d’épingle.
Tu as vu mes yeux, comprends-t-iel. C’était toi dans la chambre quand je dormais.
Elle pâlit.
Je. Je.
Pourquoi tu a entré?!
Iel recule si brusquement qu’iel heurte la porte du réfrigérateur, dans un son métallique grave. Etrika voudrait se faire toute petite, si petite; devenir un grain de poussière et s’envoler dehors en laissant tout derrière elle.
J-Je t’ai entendu avoir un cauchemar, bégaie-t-elle. Je voulais te parler.
Tu m’as pas réveillé. Tu m’as dit rien.
J’avais peur!
Peur de moi?
Non!
Peur de quoi alors?!
QUE TU NE ME PARDONNES PAS POUR HIER!
Sa gorge lui fait mal. Elle n’as pas crié si fort, mais elle en a eu l’impression. Sa voix est redescendue de deux octaves sous le stress. Un sel liquide pénètre sa bouche. Merde. Elle essuie ses larmes.
Bons dieux, Etrika, ça va?
Kenna choisit bien son moment pour faire son apparition au coin de la salle à manger, boîte sous un bras et manteau à moitié enfilé sur l’autre. Emil a tout juste le temps de rabattre son poncho alors qu’il se rapproche.
Désolée. C’est…
Emil et elle se taisent et baissent le regard, brusquement conscients de leur raffut. Son frère gonfle les joues, soupire un grand coup et pose la boîte remplie de gemmes au coin de la table de la cuisine, afin de finir d’enfiler son manteau.
J’en ai assez de devoir être adulte pour vous deux. Vous n’avez vraiment rien de mieux à faire? Je ne comprends qu’à moitié vos chamailleries d’hier soir, mais si vous êtes capables de prendre un petit-déjeuner ensemble, vous pouvez sans doute vous pardonnez sans gueuler, non?
Sa franchise brutale les maintient tous les deux au silence. Ses vêtements maintenant boutonnés, il reprend la boîte isolante et leur jette un dernier regard agacé.
Maintenant, si vous m’excusez, je vais m’occuper de la part de vos problèmes que j’ai gracieusement acceptée. Tâchez de ne alerter toutes les îles de vos petits secrets d’ici là.
Claquement de porte.
Emil et Etrika s’observent mutuellement, sans que chacun ose faire le premier pas.
Au bout d’un très long instant, c’est ellui qui s’exprime à nouveau.
Tu m’as entendu avoir un rêve mauvais?
Oui. Tu… ça n’avait pas l’air d’être un petit cauchemar, vu comment tu remuais.
Non.
Au-dessus d’eux, des petits pas rapides martèlent le sol. Rieli est levée, et comme de coutume aux abords de l’été, elle va harceler ses parents pour qu’ils se lèvent plus tôt, et l’emmènent au parc avant d’aller à l’école. Car il fait beau et ce serait bête de ne pas en profiter.
Tu veux que je te réveille? Si ça se reproduit?
Emil, désarmé par la question, se renfrogne.
Oui, s’il te plaît. Mais je dormirai ailleurs que toi, donc je débrouillerai seul.
Son ton est amer. Iel ne semble pas très prompt à la réconciliation. Du moins jusqu’à ce qu’il complète:
…Merci. Pour le verre cassé.
D’autres pas à l’étage. Les plus petits et rapides se rapprochent, dévalant à présent l’escalier. Etrika adresse à Emil un rire nerveux.
De rien. Ç’aurait été bien moins facile de nettoyer du sang.